La femme aux jambes rubans XIV

Elle a la rage au ventre, la femme aux jambes rubans. On l’a attrapé, déchiqueté, puis piétiné. On l’a insulté en justifiant que c’était parce qu’elle avait brisé un coeur. Mais ce coeur, qui a cherché le repos dans le creux de ses bras, est bien réparé. D’ailleurs il l’était déjà au moment de piétiner le sien. Elle a le coeur qui balance, la femme aux jambes rubans, elle voit le vide à travers les planches. Davantage ou d’aventure, elle rêve de s’y engouffrer. Bien sur, elle voit les choses en noires. On lui a laissé sur le coeur une marque indélébile. Un gros trait de marqueur sombre à l’endroit du courage affectif.

Elle voudrait penser à autre chose, la femme aux jambes rubans. Elle voudrait revenir au moment des étoiles en poudre. Danser en hurlant « la peste soit de vos deux maisons » sous l’écho du Louvre. Comme avant.

Elle voudrait oublier son existence. Ne plus ressentir le pincement au coeur de celui qui disait l’aimer et qui justifie ça maintenant par « une passion malsaine ».

Il n’a peut être pas tort, se dit la femme aux jambes rubans. Il ne supporte pas les départs voilà tout. Car lorsqu’elle est partie, il ne lui a fallu que deux petits mois avant de retrouver un nouvel amour.

Elle est seule la femme aux jambes rubans. Et elle attend. Parfois elle a peur de se prendre une balle avant qu’on ne lui prouve à nouveau que l’amour peut exister. Elle n’y croit plus. Ou du moins elle se dit que statistiquement elle a plus de chance de croiser le pavé que l’âme soeur.

Car elle a le vague à l’âme, la femme aux jambes rubans. Elle désespère du temps. Elle voit son talent s’effilocher au rythme des saisons qui lui échappent. Elle attend, sans trop savoir quoi, elle attend, parce qu’elle n’a pas le choix.

Elle voudrait parfois s’asseoir à une table avec un homme qui est maintenant mort. Il était doux et attentionné. Maintenant il n’est qu’injures et violence. Pourquoi ? Si vous lui demandez, il vous dira que c’est de sa faute à elle, la femme aux jambes rubans.

Elle a appris après tout ça qu’on ne pouvait plus s’engager sur un coup de coeur. Qu’il fallait y réfléchir longuement. Que le retour en arrière va lui briser l’âme.

Alors elle ne bouge plus, la femme aux jambes rubans. Elle a peur. Tétanisée par l’amour, même un an après, elle regarde la vie partir, sans pouvoir la retenir.

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