P(l)eureuse

Le réveil n’est pas agréable. Vous savez, il y a d’abord cette demi-seconde de grâce lorsqu’on ouvre les yeux. Notre cerveau est vide, il émerge tranquillement. Et puis d’un seul coup, tout ce qui s’est passé la veille défile à toute vitesse. L’envie de se lever s’échappe et seul le besoin impérieux de se mettre en PLS sous la couette reste.

Pourtant je suis debout. Si quelqu’un me disait « Salut ça va ? » je ne saurais répondre car je n’en sais strictement rien. Enfin non c’est faux, j’ai une vague idée. Il suffit de regrouper les indices : je tourne au whisky au petit déjeuner et je me suis jetée sur le papier pour essayer de démêler l’embrouillamini de mon cerveau. Disons que ce n’est pas le meilleur matin de ma vie. Mais la vraie question est « pourquoi ? ».

La réponse la plus logique est que je me suis prise une sorte de râteau hier. Voilà c’est dit. Une heure de conversation très gênante au cours de laquelle je me suis prise une bâche alors que je n’avais rien demandé. Bien sur j’avais effectivement envisager une évolution de la relation, je ne nie pas, mais dans un avenir plus ou moins proche. Pour ce soir là, ce n’était pas l’idée. Je pourrais être triste, énervée, vexée ou que sais-je encore. Mais non et c’est bien ce qui me perturbe.

Pendant cette heure je suis restée prostrée sur mon siège, à écouter le laïus de l’homme qui me faisait face. J’avais le sourire au lèvre. Ce qui est assez bête vu que dans mon intérieur c’était Sarajevo. Moi qui ne m’arrête jamais de parler, pour cette fois je n’avais rien à dire. J’aurais pu essayer, contrer ses arguments, lui dire que si, bien sur que si, lui et moi ça pouvait marcher. J’ai eu à peu près une vingtaine d’occasion pour ça. Mais non. Ce n’est même pas que les mots sont restés bloqués dans ma gorge, c’est qu’ils ne se mettaient pas en forme dans mon cerveau.

Et à la fin, au bout de cette heure de gêne interminable, j’étais d’accord. Non pas grâce à ses arguments qui étaient assez flous et ma foi bordélique. Mais seulement parce que ma tête avait été incapable de formuler une phrase pour les contrer. Alors effectivement, il ne valait mieux pas se lancer à construire un truc ensemble si dès le départ je suis incapable de sortir ne serait-ce qu’une phrase pour te retenir. Je ne me suis pas battue. J’ai eu peur de me battre.

Lorsque je suis rentrée chez moi, alors que ce n’était clairement pas prévu que je passe la nuit dans mon propre lit à la base, j’ai vidé mon sac à main et remis tous les objets à leur place. J’ai enlevé ma robe et je l’ai mise directement dans la machine à laver. Comme si rien de tout cela était arrivé. Je me suis démaquillée sans même me regarder dans le miroir. Pourquoi est-ce que j’étais incapable de voir mon reflet ? Parce que j’ai été peureuse. Parce que cette conversation, si dérangeante soit-elle à avoir, m’a soulagée. J’aurais du être triste, parce que le couple avec lui je l’avais envisagé. Mais non, j’étais seulement rassurée. C’est bien ça qui me dérange et qui fait que mon réveil n’est pas top.

Je suis bousillée depuis un an, traumatisée du couple. Je vois ça comme une sorte de prison. Oh pas à cause de la fidélité, ça je m’en acquitte sans problème ça me convient très bien. Mais plutôt  : « et si jamais ça ne marche pas ? » « je vais encore mettre un an avant de réussir à le quitter ? » « voudra-t-il ma peau comme le dernier ? » « combien d’insultes vais-je encore devoir essuyer ? ». Lorsque j’envisage de recommencer une histoire, la première question qui me vient à l’esprit c’est celle-ci : « si jamais ça se passe mal, tu arriveras à partir au bon moment ou tu vas encore prendre un an de prison ferme ? ».

On est pas du tout censé penser à ça dans ces moments-là. Pourtant me voilà, soulagée de mettre prise un râteau par l’homme auquel je tiens, rassurée de ne pas avoir à me remettre là-dedans. Il n’y a pas à dire, je suis vraiment peureuse. J’aurais pu parler, j’aurais pu me battre, mais chaque phrase qui me venait je la passais sous silence. J’avais peur de mentir, peur de le mettre là-dedans pour qu’ensuite mon crétin de cœur soit changeant, peur de lui faire mal. Pourquoi je pense directement à ça ? Normalement on a peur de s’engager car on craint de ressentir de la peine si l’autre part. Ca n’a aucun sens.

Enfin voilà, whisky au réveil et stigmates dans le cœur. L’effrayée du couple que je suis va continuer de trimbaler son palpitant sur l’asphalte, persuadée qu’il faut mieux ça plutôt que de prendre le risque de blesser quelqu’un d’autre.

Comments
One Response to “P(l)eureuse”
  1. Romain Volcos dit :

    Personnellement, je comprends très bien tes questions et elles ressemblent beaucoup aux miennes, concernant l’idée de couple. Pour moi, c’est une « peur », je peux utiliser le mot, d’être coincé à ne pas pouvoir suivre ma propre route, mes propres aspirations profondes, de devoir faire des concessions là-dessus, sur le fond de ma vie en fait, et puis ce « si cela ne marchait pas ? » aussi qui peut être là, lancinant.

    Alors tiens, j’ai envie de me servir un verre de whisky glacé, et le boire dans une forme de rituel, en ta direction, comme une espèce de vaine solidarité pixelisée derrière un écran.

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