On a tous des souvenirs.

Lorsque j’entre dans ma voiture, la première pensée qui me vient est « putain comment il fait trop froid ! ». Et oui, les constats à propos de mes désagréments physiologiques sont toujours fait avec élégance et une syntaxe digne des plus grands. Je lance donc le moteur et son doux ronronnement commence à m’évoquer quelques bribes de souvenirs. Le CD qui n’a pas quitté l’autoradio depuis au moins un an se lance, Shaka Ponk vient rythmer mes virages. La musique m’entraîne un peu trop, j’enfonce l’accélérateur et file dans la nuit. « Il y a des musiques à accident de voiture, celle qui t’entraîne trop. C’est à cause d’une musique que j’ai fait des tonneaux une fois ». Les conversations passées viennent ricocher dans ma boîte crânienne. Je continue de rouler sur cette route que je connais par coeur. Je me souviens qu’avant je ne sortais pas à Rambouillet, ou que très rarement. Tout droit, je continuais à filer sous les lampadaires, musique à fond, vitres ouvertes et cigarettes à la main. Chantant à tue-tête, massacrant le tempo, souriante et insouciante. Si je n’étais pas lancée à 130km/h je fermerais bien les yeux pour replonger dans mes souvenirs, mais il s’avère que ce n’est pas le moment. Les images assaillent mon cerveau, je ralentis et prends la sortie espérant que quitter la route des réminiscences apaisera le fracas dans ma tête. Je traverse la ville, sous les lumières qui illuminent les scènes qui défilent dans mes prunelles. Lorsque j’arrive enfin à destination je suis soulagée, ce n’est pas facile d’être dans deux réalités en même temps. Surtout quand dans l’une de ces réalités le moindre écart peut vous être fatal. Dans l’autre aussi quand on y pense… Lorsque je ferme la portière, ma main reste posée sur la carrosserie glacée. J’entends encore les voix des garçons, qui répètent 150 fois les mêmes paroles de rap jusqu’à ce qu’elles soient parfaites. Les éclats de rire provenant de chaque pièce. Les senteurs de barbecue. La chambre remplie d’une quinzaine de matelas. Le tintement des verres. Les allés et venus. Les soirées trivial pursuit (oui oui). L’aboiement des chiens. Les jeux de cartes. Le whisky. Les sourires. L’insouciance. Jusqu’au jour où… Je décolle brusquement la main de ma voiture, appuyant fébrilement sur le bouton de fermeture centralisée des portes. Je me mets en route pour sortir du parking lorsque des lumières bleues et rouges se reflètent sur les murs de pierre.  Malgré les gyrophares, ils passent au ralenti devant moi, je leur décroche mon plus beau sourire. Un sourire bien en contradiction avec mes ongles profondément enfoncés dans mes paumes.

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