Alice goes to Neverland II

Lorsqu’elle quitta le laboratoire puis s’engouffra dans l’ascenseur un poids tomba à nouveau sur sa poitrine. Elle n’en avait jamais vraiment été débarrassé mais grâce à la motivation et aux sourires de Géo, Lilas et Jared elle avait réussi à oublier pendant une petite heure qu’on l’envoyait à l’abattoir sur les bons conseils de sa propre mère. Tous les grands tournants que sa vie avait pris jusqu’alors avaient été dictés par son adorable génitrice : lorsqu’à ses cinq ans son père avait trouvé la mort en combattant un Monstre sa mère avait décrété qu’être seule à s’occuper d’un enfant c’était trop dur et l’avait ainsi envoyée au pensionnat pour fille de Muraille-Vive. Là bas elle aurait du apprendre le travail d’infirmière qui se résumait en deux grands principes : sauver des vies et rester en vie. Seulement, suite à la révolution féministe très virulente ayant eu lieu le printemps de ses sept ans, on vit les sections de Muraille-Vive devenir mixtes. Ainsi, sa mère voulant soutenir la cause de ces femmes qu’elle ne connaissait pas mais admirait par-dessus tout à décider que sa petite Alice, toute frêle qu’elle était, devait intégrer la classe de combat. Pourtant cette dernière se souvenait parfaitement l’avoir supplié pour entrer dans la classe des scientifiques de guerres, qui est tout aussi prestigieuse. Il faut croire que la femme qui lui avait donné la vie faisait tout pour que sa progéniture se fasse démolir la gueule. Heureusement pour Alice, la nature l’avait doté d’une rapidité et d’une vivacité étonnante. Surement pour se faire pardonner de l’avoir davantage faite tenir de la crevette que du rhinocéros.

Devenir la meilleure n’était pas une option mais plutôt une fatalité. Dans l’internat trié par classe, elle se retrouvait entre les futures infirmières et les apprenties comptables de crise. Chargées de gérer les cordons de la bourse pendant les conflits, les comptables étaient ennuyeuses, et les infirmières elles étaient superficielles. A mettre tout le monde dans le même sac Alice avait probablement loupé des personnes qui auraient pu lui plaire mais elle avait été trop occupée à essayer de devenir amie avec les scientifiques de guerre pour s’intéresser de ses voisins d’étage. Les scientifiques n’étaient qu’une petite dizaine au départ, leur classe restait au trois quart composée d’hommes, elles formaient un groupe soudé et Alice rêvait de faire parti des leurs. Elles avaient l’air de former une famille et c’était justement ça qui lui manquait. Mais les scientifiques se riaient d’elle, l’affublant de sobriquets stupides mettant en cause sa condition de femme couplée à son apprentissage de l’art du combat. « Une femme et le combat, c’est comme un ours dans un tutu : ça n’a rien à faire ensemble et c’est ridicule » lui assena une fois l’une d’entre elles. N’oublions pas qu’Alice passait le plus clair de ses journées entourées d’hommes que l’on initiait à la plus testostéronée des activités, c’est ainsi qu’elle a répondu ce qu’aurait dit n’importe quelle personne de sa classe « Ferme ta gueule connasse ». Depuis elle était seule et n’avait d’autre occupation que de s’entrainer. Voilà comment elle était devenue major de sa promotion à Muraille-Vive : elle avait traversé un désert de solitude, grandi sous les railleries et déversé son énergie dans l’entrainement. Pour elle, il n’y avait aucune victoire. Elle savait maintenant ôter la vie en quelques pressions précises, mais elle n’arrivait pas à se rapprocher de ses semblables. Le bouclier qu’elle avait au cœur n’était pas aussi bien fait que celui de sa nouvelle robe : il n’était pas rétractable. Elle avait appris à tuer avant même de savoir aimer et sa mère s’acharnait à la convaincre que de ces talents, le premier était bien plus utile que le deuxième.

L’arrachant à ses réminiscences, Nicolas brisa le silence de sa voix métallique :

–         Mademoiselle Syllange … rectification du code en cours… mise à jour… Mademoiselle Liddel, où souhaitez-vous aller ?

–         Déposez moi aux Specials Nicolas, il est temps pour moi de remercier ma mère comme il se doit.

L’intelligence artificielle ne connaissait même pas l’existence du second degré, aussi elle répondit le plus naturellement du monde :

–         Une décision bien noble.

–         Personne ne t’a programmé pour comprendre l’ironie ? soupira Alice, cache tes capteurs oculaires mon chéri, ça va saigner.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :