Run Run Run

– Virginiiiie ! Attends moi !

Moisir dans un village pourri a, normalement, au moins un avantage : la tranquillité. Depuis ma récente acceptation que je n’étais ni différente, ni spéciale et que je n’avais traversé le cerveau et le coeur de l’être aimé que de manière fugace et non indélébile, j’ai décidé de partir en retraite loin de l’agitation. Et quand on habite déjà dans les tréfonds des Yvelines il n’y a pas grand chose à changer pour se retrouver en solitude méditative (c’est beau). Du moins c’est ce que je pensais jusqu’à entre la voix de G. qui hurle mon prénom en me courant après. Je rajuste les écouteurs sur mes oreilles et continue de trottiner en me concentrant sur ma respiration. Ce garçon est sacrément tenace. Je l’entends encore qui me crie :

– Viiii ! Allez fais pas ta mauvaise tête, c’est plus sympa à deux !

Le sol se met à vibrer, la terre meuble de la forêt est assez explicite. J’en déduis qu’il a entamé le sprint, je ne me fais pas prier pour accélérer la cadence. Mes écouteurs tombent chacun leurs tours de mes oreilles et je peux entendre G. qui se rapproche à pleine vitesse. Les arbres s’éclairent un peu, quelques mètres plus loin nous débouchons sur la « Clairière », mon endroit préféré. A notre gauche comme à notre droite, un champs immense, devant et derrière la forêt à perte de vue. Lorsque la lune est pleine on y voit comme en plein jour. Enfin actuellement il est 10h, le soleil est bien installé dans le ciel. N’oublions pas que je ne cours d’ordinaire jamais, aussi au bout de trente secondes je suis obligée de m’arrêter, les poumons en feu.

– Cherche pas patachonne, tu peux pas me test au sprint, parade G. en me trottinant autour.

– Je crois que je vais mourir.

Ma gorge me brûle à chaque fois que je respire, les courbatures que je traine depuis quatre jours se rappellent à moi, et si mon visage est aussi rouge que mon décolleté ça doit être comique. J’interroge G. :

– Je suis rouge ?

– Tu es le plus beau des coquelicots.

Quelque part je suis contente, j’aime beaucoup les coquelicots, ils me rappellent les nuits à écrire, l’encre violette, ma jolie demoiselle, et les étoiles en poudre. Je me laisse porter quelque secondes par cette douce réminiscence avant de m’asseoir dans un petit carré d’herbe. G. s’assoit à coté de moi et c’est lui qui brise le silence au bout de trois bonnes minutes :

– Ca va ?

– Ca va.

– Tu as fini par relire le message que tu lui as envoyé ?

– Non, je l’ai écrit d’une traite et je ne l’ai jamais relu. Je tente d’éviter le suicide sentimental.

J’ai écrit un message de la taille d’un roman au futur ex-occupant de mon petit coeur pour lui dire (en gros hein, je résume) : « je t’aime mais je veux plus te voir » ou peut être que c’était « je t’aime donc je ne veux plus te voir ». G. me parle de ça parce qu’il sait qu’à ce moment là, j’ai apporté moi-même la corde et le tabouret pour pendre mon coeur haut et court. Depuis je le regarde agoniser et je me dis que ce n’est qu’un mauvais moment à passer, que ça ira mieux plus tard (ce qui est infaillible).

– Moi je serai en train de relire sa réponse des millions de fois, à la tourner dans tous les sens pour voir s’il n’y a vraiment pas un « arrête, reviens je t’aime aussi » qui se cache, m’informe G.

– J’ai déjà fait ça pendant quelques mois, ça ne fait que retenir en arrière. Un peu comme courir avec un sac à dos chargé de caillasses.

– En fait l’amour c’est pourri, j’ai l’impression qu’on passe plus de temps à être malheureux.

Je me relève d’un coup et le toise du haut de mon mètre soixante-dix, si bien que pour me regarder il doit placer sa main en visière au dessus de ses yeux pour éviter d’être ébloui.

– Tu sais qu’on ne peut pas vraiment être heureux si on est jamais malheureux hein ?

Il ne répond pas.

– Quand on court comme des dératés, qu’on laisse nos poumons sur le bas côté, et qu’on finit par s’effondre mort de rire et à bout de souffle sur le macadam c’est le bonheur non ? Pourtant on en a chié durant la course. Et bien là c’est pareil, j’en chie, mais dans quelques mois ou quelques années, je rirais avec un nouvel amour de chair et d’os. C’est inévitable.

– Tu as de la chance d’être lucide.

– Je sais c’est un économie de larmes non négligeable. Alors limace, tu sais qu’il nous reste encore la moitié du parcours !

Il se lève à son tour et hurle : « LE DERNIER A L’ARBRE DES TROIS CORBEAUX A PERDU ! » Il s’élance, je souris en le voyant courir à toute jambe. Je prends le temps de rattacher mes cheveux et pars en trottinant prendre le raccourci que visiblement G. ne connait pas.

A vous mes petites nouvelles célibataires (ou celles qui comme moi viennent enfin d’accepter les faits) je vous le dis : « ça va aller ». Lachez vos mouchoirs, vos photos, tout ce qui vous restent d’eux, soyez juste persuadées d’une chose : ça ira mieux demain.

 

 

Comments
2 Responses to “Run Run Run”
  1. jenepy dit :

    Ce texte est aussi bon pour l’autre sexe. Parfois, on doit aussi apprendre a lâcher, ne plus regarder en arrière, allez de l’avant et tout faire pour se changer les idées. Par contre, il faut éviter de de jeter sur nos drogues. Pour moi, la drogue, c’est la vitesse ! Et rouler vite ne mène a rien. Pareil pour boire, fumer ou se piquer !

    Mais c’est toujours plus facile a dire qu’à faire. Et par après, une fois qu’on a passé le cap, on se demande pourquoi on n’a pas franchi ce pas plus vite.

    L’amour est tout sauf simple. Et c’est cette complexité qui a du bon. Ou alors, c’est juste moi qui a un esprit tordu… Tout est possible !

  2. cyrius300 dit :

    Paul Valéry avait écrit que: « L’amour consiste à sentir que l’on a cédé à l’autre malgré soi, ce qui n’était que pour soi. »
    C’est toute la compléxité du sentiment amoureux.

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