Enterrement de vie asphyxiée
L’oubli est conditionné. Je mets consciencieusement mes souvenirs dans une boîte, je les plie, les range de manière ordonnée et ergonomique. Ma mémoire défaillante est une aide non-négligeable et ma capacité à me souvenir uniquement de ce qui me sort par les yeux me facilite amplement la tâche. Je referme le carton puis l’enroule copieusement de scotch. Ne t’ouvre plus jamais vilaine boîte, je ne veux plus jamais voir, entendre, sentir, toucher ce que tu contiens. Le carton dans les bras, je descends les escaliers d’un pas mal assuré puisque je ne vois pas les marches, je le charge dans ma voiture et je me mets à rouler. Les arbres défilent le long des vitres à une vitesse folle, je m’enfonce dans la forêt puis traverse la campagne à toute allure. Le moteur gronde, il me faudrait une sixième vitesse je pense. Je m’arrête au milieu d’un champs, la lueur des phares déchirent la nuit. Sur la banquette arrière je retrouve ma pelle fétiche. Une goutte s’échoue sur mon front, je grommelle à moi-même “il ne manquait plus que ça”. Mes talons s’enfoncent dans la terre et la pluie se met à me gifler le visage. Je creuse. Il faut creuser. Profondément pour pouvoir enfouir cette boîte de pandore jusqu’aux entrailles du monde pour qu’il la digère. Mes longs cheveux dégoulinent et se collent sur mes joues et mon front. Le peu de force qu’on m’a donné n’est pas franchement une aide dans ma mission et la pluie battante me transit de froid de la tête au pied. Je creuse. Je creuse jusqu’à ce que ma pelle tape sur quelque chose de dur. Je ne sais pas ce que c’est mais ma force (ou plutôt mon absence de force) m’empêche d’aller plus loin. D’un pas mal assuré, j’avance dans la boue pour aller chercher la maudite boîte. Je la jette au fond du trou, elle s’écrase dans l’eau et la terre. Sans un regard, j’entreprends de reboucher la fosse. Mes doigts sont gelés et glissent sur la pelle, je pense qu’ils saignent à cause du frottement mais il fait tellement froid que je ne sens pas la douleur. Une fois mon office finit je remonte dans la voiture, les chaussures posées côté passager sur un petit sac plastique. Je suis une fille, je n’aime pas la saleté c’était un trait de caractère fourni avec les chromosomes. Sur le retour je conduis calmement et en chaussette. Je mets la musique à fond et entreprends de chanter un anglais yaourt douteux avant de rire toute seule. Je ris, je vis.
Pour ce qui est de la photo je l’ai prise en Ecosse et elle est à peine retouchée. Comme quoi l’Ecosse c’est assez fou.
Je vois que l’Ecosse t’inspire. Mais ton histoire ferait un sujet de film d’horreur… pour le peu qu’on puisse lire. Surtout ne refais plus ce genre de cauchemar et oublies, une bonne fois pour toute, cette maudite boite!
Au fait, tu as pensé à laver tes chaussettes?